Une histoire d’or, de pollution et de beauté

27 septembre 2018

  • Par
  • Webmaster MFC
  • 2018

Une histoire d’or, de pollution et de beauté

Le président du Mali Folkecenter Nyetaa parle de l’extraction de l’or, des rêves et des réalités. Rapport d’un voyage à travers la forêt verte et luxuriante de Filamana

Par un rapporteur de MFC

«L’État ne tire qu’environ 20% des revenus des concessions d’or accordées généralement à de grandes entreprises étrangères. Mais ce qui est très sous évaluer dans le pays,  ce sont les risques et dangers pour la santé des population et des animaux et la destruction de l’environnement causés par l’extraction de l’or qu’elle soit industrielle ou à travers l’orpaillage ».

Ibrahim Togola, Président de Mali-Folkecenter Nyetaa, dépeint cette image sombre de l’extraction de l’or au Mali, alors que nous traversons la forêt de Filamana au sud-ouest du pays.

Nous sommes dans cette partie du pays sur notre chemin pour voir certains des projets de MFC dans la région, qui visent tous à entraver la dégradation de l’environnement et à aider les communautés locales vulnérables.

Sur une route étonnamment plate à travers la forêt, nous voyons un paysage qui, à première vue, semble contredire les remarques de M. Togola.

Filamana est une beauté naturelle. C’est la plus grande zone arborée du Mali et, à cette époque de l’année, les arbres, les buissons et la flore présentent une variété de couleurs vertes somptueuses et ahurissantes.

C’est seulement en surface. Dans le cadre magnifique se voient les effets du changement climatique qui a dégradé le sol qui était fertile pendant des années. Les précipitations ont diminué au fil de plusieurs décennies. Les rivières, les ruisseaux, les lacs sont à sec une grande partie de l’année. Les pêcheurs ne peuvent plus pêcher en ces moments. Les arbres meurent.

De plus, le sol est maintenant exposé à une pollution importante due au mercure toxique utilisé pour l’extraction de l’or par les orpailleurs sans les précautions exigées en la matière.

Or et mercure toxique

C’est dans la croûte terrestre sous la forêt que l’impression immédiate de la beauté est définitivement brisée.

Il y a des trous partout, de toutes tailles: 5, 10, 20 mètres de profondeur, creusés par des jeunes à la recherche du métal précieux: l’or.

Les trous en tant que tels ne constituent pas une menace particulière pour la nature. Ce qui est dangereux, c’est le mercure qui pollue l’environnement. En même temps, cet élément chimique constitue un grave danger pour la santé des humains s’ils le touchent et l’inhalent. Et c’est exactement ce que font les orpailleurs.

Dans la forêt de Filamana, comme ailleurs au Mali, le contrôle n’est pas efficace sur le «orpaillage privé». Les trous ne sont pas protégés, dangereux, tout comme le mercure.

Le Mali-Folkecenter Nyetaa a plaidé pendant des années pour que le gouvernement malien réglemente l’exploitation de l’or grâce à des règles et règlements efficaces pouvant être appliqués.

Togola: «a l’heure actuelle, les recettes de l’exploitation de l’or pour l’état et les populations sont très minimes comparées à la destruction et la pollution des rivières, des forêts et des terres agricoles, ajouté à la pollution créée par les petits creuseurs d’or. En plus, les chasseurs chassés, les mains vides et insatisfaits comme jamais auparavant »

Les gens de Bamako

Nous nous arrêtons et parler à un groupe de sept jeunes hommes qui fouille le sol à la recherche des précieux pépites d’or.

L’un des orpailleurs explique que son groupe creuse et fouille du lever au coucher du soleil et gagne parfois jusqu’à 20 grammes d’or – lorsque la journée est bonne. D’autres jours, ils ne trouvent rien du tout.

L’or est vendu à des acheteurs individuels, principalement des «gens de Bamako», comme le dit secrètement un creuseur.

Un gramme d’or rapporte 19 – 20 000 CFA (33 – 34 dollars US, éd.), et les sept creuseurs et laveurs de ce groupe partagent le revenu en huit portions. La huitième part est pour le chef du village en paiement de la permission d’exploitation et d’utilisation de l’endroit pour laver et vendre l’or.

Une politique délibérée?

Aujourd’hui, il n’y a pas de garanties pour les jeunes orpailleurs dans la forêt qui viennent par milliers avec le rêve de gagner suffisamment d’argent pour survivre et peut-être trouver un jour le gros morceau d’or qui les rendra riches.

La plupart s’en vont les mains vides avec un risque inhérent d’avoir un corps empoisonné

 Président Ibrahim Togola

M. Togola se dit que le manque de politique et de contrôle de l’État est délibéré:

«Tant que les jeunes creusent à Filamana, ils ne créent aucun problème à Bamako. S’ils étaient tous à Bamako, ils pourraient unir leurs forces et défier le pouvoir en place, exigeant des emplois et une vie meilleure. Par conséquent, l’État, laisse faire les choses car n’a pas d’emploi à offrir à ces jeunes », dit-il et souligne que la jeunesse malienne est la grande majorité de la population qui est la plus touchée par le chômage et le manque de possibilités.

M. Togola estime que les milliers de orpailleurs individuels au Mali produisent plus de 10 tonnes par an alors que les grandes entreprises produisent autour 50 tonnes selons les statistiques, ce qui fait de l’or le plus gros pourvoyeur de revenu du Mali.

Mais comme le souligne le Président: Il y a un énorme déséquilibre entre le gain financier pour l’État (environ 20%) et la destruction et la pollution de la campagne malienne.

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Le mercure, également appelé vif-argent: (extrait de Wikipedia et d’autres sources en ligne):

La forme liquide du mercure est particulièrement dangereuse car il se vaporise à température ambiante. … Si les vapeurs de mercure sont inhalées, elles sont facilement absorbées par l’organisme, où elles pénètrent d’abord dans les poumons et de là dans le sang et le cerveau ».

Les effets toxiques incluent des dommages au cerveau, aux reins et aux poumons. L’empoisonnement au mercure peut entraîner plusieurs maladies… ».

Il s’agit du deuxième article d’une courte série tirée des zones d’intervention des MFC dans le sud-ouest du Mali. La premier a lire ici: Un troisième suivra sous peu.

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